Economie Solidaire : échanges avec Frédéric Bardeau
Publié le 12 mars 2009 par Joan. Partagez cet article sur
Utiliser twitter aujourd’hui, c’est vraiment sympa. Grâce à ce système, je rencontre et j’échange avec de nombreuses personnes au parcours et aux idées différentes. Chaque jour, c’est une vraie liberté que d’écouter et de répondre; une vraie liberté de faire partie du débat.
C’est ainsi que j’ai rencontré Frédéric Bardeau (@fbardeau). Frédéric est l’un des fondateurs de l’agence Limite, agence de communication responsable. Il publie régulièrement des articles intéressants sur son/ses blog(s). Un de ses articles m’avait interpelé. Il s’agit de la présentation d’un sondage IFOP/Limite sur l’impact de la crise financière sur les donateurs (à voir ici). Dans les faits : une forte baisse des dons pour 2009. C’est là qu’intervient le pragmatisme ! Je m’investis quotidiennement avec Fabrice dans notre startup pour développer, pour faire naître ce concept d’économie solidaire avec aujourd’hui la possibilité de collecter des dons gratuitement pour les associations. Cela serait un moyen de collecte complémentaire pour les associations. J’ai décidé d’en parler avec Frédéric. Voilà notre conversation.
- Joan :
Je fais suite à notre échange sur tweeter. Je vous remercie pour votre retour et votre temps.
Je travaille depuis quelques mois pour Olozim qui lance ce concept de collecte gratuite en échange d’envois publicitaires. C’est le côté pragmatique de la chose qui m’a convaincu.
Vous disiez que « ça disperse les assocs » et que vous vous méfiez du « don gratuit ». Qu’entendez-vous par là ?
- Fédéric :
aucun souci pour échanger, au contraire…
quand je parlais de dispersion, je pensais à la multiplicité des initiatives qui ont fleuri dans le non marchand ces derniers temps : aidezdonner, jeveuxdonner, charitic, etc… j’ai pas mal de clients qui ont souscrit à un ou plusieurs de ses services et je trouve que cela multiplie les points de présence mais aussi la gestion et les efforts pour que chaque présence soit “rentable”
ensuite effectivement, le “don gratuit” j’aime pas trop le principe car j’ai une vision à la fois :
- très “maussienne” du don (n’y voyez aucune prétention) : un don c’est un don et donc cela doit coûter quelque chose, pousser la personne à se donner, s’impliquer… et si c’est quelqu’un d’autre qui donne à a place ou si cela ne me coûte rien, je n’ai pas l’effet valorisant et symbolique du don et je n’ai pas non sa contre partie (contre don, reçu fiscal…)
- très marketing : ces donateurs là en tant qu’association, je préférerais les avoir dans ma base de données à moi et je ne trouverais pas très “fair” de créer une relation d’échange “pub contre don” car on sort du non marchand pour flirter avec d’autres univers
mais bon ce n’est que mon avis, je n’aime pas non plus les produits partage et le street marketing pour recruter des donateurs mais ça veut pas dire que ça marche pas ou qu’il ne faut pas le faire…
dernier point qui n’est pas clair pour moi dans votre présentation : les messages qui sont reçus par les “donateurs” sont publicitaires et hors secteur non marchand, ou ils se limitent à des messages de sollicitation d’associations ?
- Joan :
Je connais un peu le principe de charitic, aidezdonner et autres catalyseurs de dons mais pas suffisamment. Je suis tout à fait d’accord avec vous sur la multiplication des points de présence qui pourrait diluer le message et par la même les dons. Je suis plutôt partisan d’une voie où l’on se borne à quelques intervenants uniques dans la collecte. D’autant que chacun de ces intervenants, bien que sérieux, ne garantissent pas une collecte pérenne… Ce qui me gène plus c’est que le principe soit payant, même modestement, pour les associations. Cela va à l’encontre de ma vision dans ce domaine. Par contre, je ne savais qu’il y avait un effort de la part des associations pour que la présence soit rentable : que doivent-elles faire ?
Je suis comme vous sur le don gratuit. Je ne suis pas un adepte de cette formule car, comme vous le dîtes, il aurait tendance à déresponsabiliser la personne. Et quelque part, peut être à l’éloigner de la cause première de l’association. Encore que, je suis aussi d’avis que les associations jouent parfois un rôle déresponsabilisant :
- il y a confusion chez le donateur devant la multiplication des associations sur une cause comme le Sida par exemple. Toutes se justifient et méritent d’exister. Mais je suis d’avis que beaucoup ne sauraient pas différencier Aides, Sidaction, Solidarité SIDA, etc. Il y a là aussi dilution du message jusqu’à la perte de crédibilité parfois. Alors si celles-ci multiplient les outils de collecte, je vois un risque de dangereuse dilution de l’aide pour la cause première.
- il y a aussi confusion chez le donateur devant les moyens mis à place par les poids lourds avec « les enfoirés » par exemple. Heureusement que cela existe ! Car cela permets aux restos de continuer leur travail. Mais dans un sens, on retrouve ce que vous disiez sur l’implication, à savoir que sa nature s’en voit changée. Aussi, nombreux sont ce je crois qui achètent le cd en se disant « en plus ça aide les restos », prouvant par là que la volonté première était l’achat personnel.
Je dois avouer qu’il est difficile pour moi de sortir de cette bivalence. D’un côté je serai d’avis de limiter les actions « spectacles » et de borner l’utilisation des outils à la mode. En même temps je serai pour une nouvelle communication plus claire de la part même des associations, avec s’il le faut pour parler stratégie, un repositionnement de l’association dans son environnement. Et d’un autre côté, je suis au fond très pragmatique et je relis le sondage que vous aviez proposé avec l’ifop disant qu’en 2009, les dons risquaient de diminuer pour cause de crise du pouvoir d’achat.
Alors, olozim ici se distingue d’une action spectacle, bien au contraire, c’est plutôt un effort pour l’individu que de recevoir des publicités sur son téléphone portable. Nous essayons de limiter cette frustration choisie, mais elle existe toujours. Les messages reçus sont uniquement publicitaires et hors secteur non marchand, mais nous nous sommes laissés la possibilité d’envoyer pour les associations des sms ou des emails à tous les individus qui les soutiennent. Aujourd’hui je pense qu’olozim peut avoir un effet « rustine » pour les années à venir. Mais à terme il est nécessaire de préserver et de renforcer la relation donateur/association/cause. Aujourd’hui nous laissons la parole aux associations sur le site, et nous les encourageons à informer leurs donateurs. Nous ne donnons pas aux associations les données personnelles de l’adhérent, car ce serait en désaccord avec la CNIL, puis en désaccord avec la volonté de nos adhérents. Ceux qui veulent aller plus loin sont engagés à le faire car nous renvoyons souvent l’adhérent sur le site de l’association qu’il soutient.
A terme ce concept doit évoluer, je l’espère vers une prise de conscience de tous (individus, associations et entreprises) et nous permettre d’éviter de tirer des ficelles pour que la solidarité envers les associations se fasse naturellement. Mais aujourd’hui, je pense que la rustine a sa place.
Qu’en dîtes-vous ?
- Frédéric :
les associations qui sont un peu partout doivent générer du trafic vers leurs multiples présences donc il y a dispersion des efforts, surtout vous avez raison que c’est souvent payant…
votre posture en tous cas est pleine de bon sens et d’humilité et nos échanges gagneraient à être publiés et partagés, comme je le fais avec mon associé sur notre blog, ou avec d’autres comme en ce moment sur les “e-donateurs” :
après avoir lu cet article :
http://www.agence-modedemploi.com/buzz/fr/index.php?2009/01/06/387-les-francais-sont-des-e-donateurs
j’ai réagi sur le blog de l’agence :
http://agence-limite.fr/blog/2009/01/07/le-donateur-en-ligne-qui-vient/
puis sacha de la fontaine de pierre a mis un commentaire :
http://agence-limite.fr/blog/2009/01/07/le-donateur-en-ligne-qui-vient/#comments
et JC a repris :
http://www.cause-humanitaire.net/les-francais-et-le-don-en-ligne/
La suite de nos échanges sera publiée dans les prochains articles.
Encore merci à Frédéric Bardeau.
Vous avez aimé cet article, voici notre suggestion :
- Economie Solidaire : échanges avec Frédéric Bardeau (la suite)
- Invitation rencontre : Monde associatif, monde marchand : une complémentarité qui a du sens
- Don gratuit : moins engageant ? petite théorie du Freemium solidaire
- Télécharger gratuitement notre calendrier solidaire 2010
- Olozim invité de l’émission “Green business” de BFM radio
Comments (6)









Hello !
Merci pour “un autre” et pour le lien
Bonne continuation.
JC.
un débat qui n’a pas fini de rebondir…
longue vie à Olozim en tous cas et à bientôt
frédéric
Bel échange, je vais le digérer et voir ce que je peux y apporter.
Il y a quelques années, en 2003 de mémoire, le sujet des donateurs et e-donateurs me donnait un peu de fil à tordre. Quelques managers d’une grande association très en vue m’avaient sollicité afin de caler une stratégie online/offline plus usine à gaz que petit lait à boire.
Bref, avec beaucoup d’énergie et un côté visionnaire, quelle bonne surprise de constater aujourd’hui encore que cette stratégie était plutôt bonne (+70% de hausse par an en moyenne, avec des chiffres comptant bcp de zéros avant la virgule).
En synthèse, pour alimenter le débat, je pense que le donateur/consommateur, ou bien le consom’acteur, doivent répondre par leur acte à un double objectif : assouvir un désir de consommation ou action personnelle -voire individualiste- basée sur le plaisir personnel et instantané, ET trouver un contentement dans l’engagement solidaire plus sur le long terme.
L’exemple des Restos est frappant, celui des achats solidaires pas encore assez explicite à mon goût. Des organisations historiques comme Artisans du Monde brillent par leur absence innovante, leur manque de positionnement marketing -appelons les choses par leur nom et n’en ayons pas honte, nous sommes en 2009- et nécessitent après le départ de leur père fondateur -paix à son esprit- un nouveau souffle emplis de modernisme.
@JC: désolé pour le “un autre”, ça a été clarifié
@Frédéric: merci à toi pour l’échange, je publierai la suite très bientôt.
@Mike: tu apportes la notion d’échange au débat. On donne, mais également on reçoit. C’est très intéressant car c’est le principe même de tout échange. Appliqué aux associations et à la solidarité, cela laisse entendre que le donateur/consommateur doit recevoir dans son acte de donateur. J’irai plus avant en parlant même du donateur au sens large. “Le donateur est un recepteur”.
Petit écart philosophique sur Mauss dans l’essai sur le don (je fais court, on y reviendra). Le don crée une obligation mutuelle qui maintient durablement la relation. (fidélité) Dans le don, l’intention première du don subsiste comme un lien invisible qui attache les deux personnes (le donateur et l’association) entre elles. Ce lien invisible est une forme de dette.
Auparavant on a répondu à cette question, celle que tu poses en révélant le recepteur potentiel de chaque donateur, en parlant de la bonne conscience (réponse à tout) qui devait être le seul reçu correct. On y a ajouté le reçu fiscal et on en vient à l’achat solidaire, au cashback. C’est une évolution de la pensée associative très moderne que tu nous proposes. j’espère qu’on pourra en reparler ici !
certes, cette vision de la pensée associative est “très moderne”, et tu n’es pas la 1ère personne à me le dire, en même temps ca n’est que la traduction d’un mouvement de fond qui est déjà présent dans les actes dans la sphère anglo-saxonne, et qui viendra se positionner avec une certaine évidence dans 3 ou 4 ans auprès de la plupart des acteurs associatifs.
Quand on sait que les profits basés sur l’ancien modèle non-vertueux et non-durable pourraient baisser a minima de 13% dans 4 ans, voire plus, ca laisse penser que nombre d’ONG feraient bien de se mettre dès maintenant à des pratiques et des politiques de développement durable au sens large -ca n’est pas moi qui le dit, ce sont des sondages américains-, et merci à Fred d’avoir publié cet éclairage américain qui confirme ce que j’affirme depuis longtemps à qui veut bien jouer sur ce terrain de débats constructifs
braco; et bon courage
et alors que devient Olozin maintenat ?